Le sujet de la thèse qui se propose d'aborder les modes de fabrication d'une image porte sur les capacités de la photographie à représenter la réalité. Il s'agira ici moins de penser l'image photographique en tant que moyen de communication qu'en tant que médium autonome. L'extrême diversité des outils capables d'enregistrer le réel diminue à mesure qu'ils s'adaptent aux besoins des modes de communication informatique. L'intérêt porté à l'économie de production de l'image est symptomatique des préoccupations contemporaines liées aux nouveaux médias. A la différence de l'attachement commun à la réalité tendant à nier la matérialité du support. Il s'agit ici de s'arrêter sur un sujet qui vise à mettre en évidence les qualités des supports photographiques. Une définition de ces qualités sera l'occasion d'envisager la production d'une photographie abstraite.
Dans un premier temps, la méthode consistera à circonscrire le champ de la recherche à travers le récolement d'ouvrages théoriques et la constitution d'une bibliographie. L'étude de la fonction symbolique chez Peirce, des fonctions indiciaires chez Rosalind Krauss et Philippe Dubois, de la présence auratique décrite chez Walter Benjamin forment un héritage théorique à prendre en compte pour une relecture des principes constitutifs de l'image. L'investigation s'appuiera sur le champ des pratiques artistiques et des usages amateurs de la photographie. Elle vise la puissance fictionnelle et onirique de l'image, afin de considérer une image qui ne repose plus seulement sur une dialectique de l'enregistrement documentaire et de la composition picturale.
Dans un deuxième temps, il s'agira d'étudier les procédés primaires de formation de l'image à l'origine des premiers clichés photographiques et ceux de l'imagerie scientifique. L'expérimentation d'une pratique artistique photographique, graphique et vidéographique accompagnera l'étude théorique développée. Il s'agit de prendre conscience du problème référentiel de l'image et de sa relation au sujet et d'étudier l'impulsion symbolique de l'activité humaine à produire des images. En lien avec les temporalités virtuelles des technologies numériques, la pratique artistique se propose d'explorer les figures de l'absence, du hasard, de l'imaginaire à travers la matérialité de l'image.
Ces figures révélatrices d'une perte de réalité feront l'objet d'une analyse théorique approfondie. Seront parallèlement étudiées la fonction des appareils et le rôle des dispositifs techniques ainsi que la place de l'auteur dans le cadre des pratiques marginales traitées. Si la question revêt un caractère spécifique qui tient à la photographie en tant qu'œuvre d'art avant de qualifier l'image documentaire, scientifique ou médiatique, son objectif est de reconsidérer les modes de fabrication, de réception et de signification de l'image.
L'organisation de la recherche doctorale donnera lieu à différentes expositions personnelles et collectives associant d'autres artistes intéressés par la production d'une image qualifiée de pauvre. Les applications des résultats attendus concernent aussi bien le champ de la recherche en art et de l'enseignement artistique, des sciences associées à la pédagogie de l'image, et de la sociologie des pratiques artistiques.
Université Rennes 2 - Haute Bretagne,
Ecole doctorale : Arts, Lettres, Langues
Equipe de recherche : Art : pratiques et poétiques
Sous la direction de Christophe Viart
Les théories développées dans cette étude entre en résonance directe avec les préoccupations rencontrées au cours du travail plastique. Le sténopé, œil de la première camera lucida ou obscura est employé dans un dispositif de mise en scène pour générer une image.
Dans un premier temps, il s'agit de retracer les prémices de l'utilisation de la boîte sténopé. L'implication du photographe dépasse le simple rôle de l'opérateur dans l'image sténopé. Une analyse croisée de l'œuvre de Laurence Demaison et d'Alberto Giacometti est l'occasion d'observer leur rapport au modèle - cette nécessité de la présence du sujet - que celui-ci soit assimilé à l'artiste ou extérieur à lui. Entre image et objet, le sténopé pensé comme ensemble du procédé à l'origine de l'image induit l'émergence d'une photographie singulière. Certaines pratiques comme celle d'Anthony Mc Call ou d'Abelardo Morell ont informé l'image du point de vue de ses conditions d'apparition. Également, utiliser l'appareil sténopé est une manière de s'insinuer au centre de la projection. En cela, l'image sténopé tient à distance la conception d'une image vécue comme preuve d'existence énoncée par Philippe Dubois.
Dans un second temps, il s'agit de développer les différentes formes que prend le temps dans l'image sténopé. Les Mouvements de l'air d'Étienne Jules Marey sont significatifs d'une démarche qui tend à contredire l'impossible transcription d'un mouvement dans une image en pose longue. Les Écrans sensibles d'Alain Fleischer revendiquent leur statut d'image. A l'inverse Éric Rondepierre estompe les frontières entre photographie et cinéma. En un sens, l'image sténopé est elle aussi un transfert des modèles cinématographiques. Entrer dans le champ est une tentative pour investir les deux espaces que sont le temps et l'image. La pause est une façon de provoquer l'inattendu. Le dispositif mis en place traduit autant l'absence que la présence du sujet et va à l'encontre de l'idée selon laquelle l'image photographique rend présent.
Le sténopé appartient aux pratiques dîtes archaïques, mais il réapparaît comme outil dans la démarche de nombre d'artistes contemporains. L'exposition Foto povera a permis de donner une visibilité à ce type de pratique. Elle est l'occasion de mener un débat sur les enjeux de cette pratique en opposition à une photographie neutre et conventionnelle qui institue notre rapport quotidien à l'image. De l'expérience à l'exposition, l'œuvre prend ses distances avec l'original photographique. De même lorsqu'elle acquiert une nouvelle dimension qui lui confère une présence dans l'espace. La projection à l'origine de l'image est directement citée dans la forme d'exposition choisie. Le résultat photographique est étroitement lié au dispositif mis en œuvre, la boîte sténopé stigmatise l'image et par conséquent participe de l'accès à l'œuvre.
Tome 1 : Mémoire
FIGURE DE L'ABSENCE - une pratique du sténopé
Tome 2 : Album iconographique
FIGURE DE L'ABSENCE - une pratique du sténopé
© 2007-2010 - Mathieu HAREL-VIVIER | #
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