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L’optimisme était de mise à Istanbul (4)

Antrepo n°3 - La 10ème Biennale internationale d’Istanbul

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Le lieu majeur de la biennale, en regard du nombre d’artistes qui y sont présentés est l’Antrepo n°3. Il offre un point de vue sur la côte asiatique et revendique son ouverture sur le monde. Situés sur les quais, dans le quartier du port sur la même rive que le Palais de Dolmabace, ces entrepôts constituent un ensemble essentiel pour le commerce. D’autant plus que le Bosphore est classé au domaine des eaux internationales.  Vide à l’origine, l’Antrepo n°3 n’est que très peu modifié pour l’occasion et conserve son identité. C’est véritablement pour les besoins de l’implantation de chaque œuvre que l’espace se métamorphose. A l’entrée de l’Antrepo n°3 le ton est donné avec le néon Believe in angels de Yang Jiechang placé sur la façade du bâtiment. Dans le quartier de Tophane, un des entrepôts a fait peau neuve en 2004 pour accueillir un musée d’art contemporain, Istanbul Modern. Les deux entrepôts se touchent quasiment et pourtant le parti prix du musée est de créer un évènement simultanée. Soit, mais l’aventure est douteuse lorsque le musée sous couvert de l’histoire des biennales se propose d’installer la pièce de Cildo Meireles dans un contexte qui n’est pas celui initialement prévu pour celle-ci. Même si l’installation en 2003 sur Istiklal Caddeisi  pour la 8 ème biennale avait davantage valeur de symbole du fait de son accessibilité restreinte aux heures d’ouvertures des expositions, elle réapparaît cette fois sur le parking du musée et fait figure de coquille vide. En effet, conçus comme quatre espaces distincts d’une maison : la salle de bain, la cuisine, le séjour et la chambre, ils possèdent chacun une fonction différente et sont offerts à l’usage public, aux sans abris pour la version de 2003. En revanche, en 2007 les quatre espaces ne sont accessibles qu’après avoir passé le barrage de la sécurité. Ce choix nous renseigne sur la durée d’impact de la vision d’une poésie de la justice proposée par l’artiste.  Ce choix témoigne également de l’écart qu’il existe entre la forme  biennale envisagée par Hou Hanru  -où chaque artiste s’investit dans une démarche pour répondre à l’invitation - et le musée qui réinvente une histoire figée et fragmentaire des neufs biennales passées. Que pense Dan Cameron*4 de cette nouvelle présentation ?

Le débat est ouvert lors du symposium tant sur des idées aussi insaisissables que le passé, le présent et l’avenir des biennales que sur la supposée récente impact de la mondialisation. Or ce que révèle l’agencement opéré dans l’Antrepo n°3 fait figure d’actualité et peut rapidement être assimilé à l’ambiance, aux usages de grandes métropoles comme Istanbul. Lorsque Hou Hanru en 2001 donne sa vision d’un art futur, il écrit « L’art sert idéalement à montrer du doigt l’entropie d’un monde qui, lui-même, se développe et se sature à la vitesse grand V »*5 C’est chose faite en 2007 à travers la déambulation dans cet espace d’exposition où chaque médium se côtoie. L’analogie est manifeste et est assimilée à nos déplacements dans ces grandes métropoles. Au centre du bâtiment Border palace l’architecture mouvante d’Alexandre Perigot permet au visiteur de transiter vers l’autre partie. Cinq plateaux circulaires en diamètre desquels sont montés une cloison font du parcours un espace de latence où se révèlent différents niveaux de notre expérience du monde.  La déambulation n’est pas aisée  dans ce dédale de cimaises. Seuls les sons extérieurs pénètrent parfois l’espace et nous informe de la permanence d’un monde extérieur. La bande son diffusée dans l’installation est réalisée par Simon Fisher Turner et contribuent au fur et à mesure du trajet à la perte des repères et à l’implication grandissante du spectateur dans l’univers plastique de l’artiste.  L’espace musicale est composé d’un agencement simultané de morceaux de plusieurs groupes musicaux  des pays de l’Europe frontalière. Par analogie cette composition est assimilée à notre expérience frontalière. Ce faisant l’expérience que l’artiste nous fait vivre met en friction une culture musicale et un graphisme bleu réalisé par Jocelyn Cottencin. La disposition des lettres ne répond à aucune logique, c’est dans le parcours que l’artiste nous offre la possibilité de reconstituer visuellement les noms des groupes tels que Agaskodo Teliverek*6.

*4 commissaire ayant invité et suggérer la pièce de Cildo Meireles comme significative de la huitième biennale qu’il avait en charge.

*5 GERZ, Jochen, Anthologie de l’art, Marion Hohlfeldt (dir.), trad. française Frédérique Hall, Georgia Hunt, Arles, Analogues, 2007, pp. 32-34.

*6 Agaskodo Téliverek est un duo de guitaristes hongrois londoniens, Miklos Kemecsi et Tama Szabo auquel s’est joint en 2007 la chanteuse japonaise Hiroe Takei. Leur premier album, essentiellement composé et joué par l’ex-comptable Kemecsi est sorti en Octobre 2006. On y entend une sorte de disco rapide lyrique, ornementé de moult parties de guitares et de subtils sons synthétiques avec quelques passages de reggae ou de ballades étranges.

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